"Cette impression de plus en plus poignante, bientôt obsédante, d'être complètement coupé de ma génération. Je ne suis pas de mon temps, je voudrais être de demain, mais je crois que je suis de toujours." J-R Huguenin.

Paola.ramrose@gmail.com
bofransson:

Young woman at the window and rose, 1897-1899, Edouard Vuillard

bofransson:

Young woman at the window and rose, 1897-1899, Edouard Vuillard

 «Je regrettais à ces moments-là d’avoir renoncé à entrer dans la diplomatie et de m’être fait une existence sédentaire pour ne pas m’éloigner d’une jeune fille que je ne verrais plus et que j’avais déjà presque oubliée. On construit sa vie pour une personne et, quand enfin on peut l’y recevoir, cette personne ne vient pas, puis meurt pour vous et on vit prisonnier dans ce qui n’était destiné qu’à elle.»

À l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs, Marcel Proust.

coffiene:

Woman Holding a Balance (1665)
Johannes Vermeer (1632–1675)  
Oil on canvas, 42 × 35.5 cm
National Gallery of Art

coffiene:

Woman Holding a Balance (1665)

Johannes Vermeer (1632–1675)  

Oil on canvas, 42 × 35.5 cm

National Gallery of Art

(Source: albertine-s)

 «La résignation, modalité de l’habitude, permet à certaines forces de s’accroître indéfiniment. Celles si infimes, que j’avais pour supporter mon chagrin, le premier soir de ma brouille avec Gilberte, avaient été portées depuis lors à une puissance incalculable. Seulement la tendance de tout ce qui existe à se prolonger est parfois coupée de brusques impulsions auxquelles nous nous concédons avec d’autant moins de scrupules de nous laisser aller que nous savons pendant combien de jours, de mois, nous avons pu, nous pourrions encore, nous priver. Et souvent, c’est quand la bourse où l’on épargne va être pleine qu’on la vide tout d’un coup, c’est sans attendre le résultat du traitement et quand déjà on s’est habitué à lui, qu’on le cesse.»

À l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs, Marcel Proust.

 

bartleby-company:

Ezra Pound

bartleby-company:

Ezra Pound

bofransson:

Luncheon at Les Clayes Edouard Vuillard - circa 1935-1938

bofransson:

Luncheon at Les Clayes Edouard Vuillard - circa 1935-1938

 «Si l’on n’est pas tout à fait sincère en se disant qu’on ne voudra jamais revoir celle qu’on aime, on ne le serait pas non plus en disant qu’on veut la revoir. Car, sans doute, on ne peut supporter son absence qu’en se la promettant courte, en pensant au jour où on se retrouvera, mais d’autre part on sent à quel point ces rêves quotidiens d’une réunion prochaine et sans cesse ajournée sont moins douloureux que ne serait une entrevue qui pourrait être suivie de jalousie, de sorte que la nouvelle qu’on va revoir celle qu’on aime donnerait une commotion peu agréable. Ce qu’on recule maintenant de jour en jour, ce n’est plus la fin de l’intolérable anxiété causée par la séparation, c’est le recommencement redouté d’émotions sans issue. Comme à une telle entrevue on préfère le souvenir docile qu’on complète à son gré de rêveries où celle qui, dans la réalité, ne vous aime pas vous fait au contraire des déclarations, quand vous êtes tout seul ; ce souvenir qu’on peut arriver, en y mêlant peu à peu beaucoup de ce qu’on désire, à rendre aussi doux qu’on veut, comme on le préfère à l’entretien ajourné où on aurait affaire à un être à qui on ne dicterait plus à son gré les paroles qu’on désire, mais dont on subirait les nouvelles froideurs, les violences inattendues. Nous savons tous, quand nous n’aimons plus, que l’oubli, même le souvenir vague ne causent pas tant de souffrances que l’amour malheureux. C’est d’un tel oubli anticipé que je préférais sans me l’avouer, la reposante douceur.
D’ailleurs, ce qu’une telle cure de détachement psychique et d’isolement peut avoir de pénible le devient de moins en moins pour une autre raison, c’est qu’elle affaiblit, en attendant de la guérir, cette idée fixe qu’est un amour. »

À l’Ombre des Jeunes Filles en Fleurs, Marcel Proust.

stileswinchester24

I giardini di Marzo, Lucio Battisti